Sauvons notre école !
Une réunion s'est tenue à Billom pour tenter de sauver ce qui peut encore l'être !
L’Ecole Militaire Préparatoire de Billom : grandeur et…décadence
Suite à un rassemblement de promotion qui s’est tenu en septembre 2004, de nombreux anciens élèves ont fait part de leur désapprobation quant à l’état de leur ancienne école à laquelle ils restent très attachés. Plusieurs lettres de protestations ont été adressées au ministre de la Défense, au maire de la ville de Billom et à l’association des AET.
Notre président, Jean-Claude Batteux, a voulu se rendre compte par lui-même de la réalité des faits.
Une réunion s’est donc tenue à Billom le 14 février 2005.
Participaient à cette réunion :
- Pour la commune, M. Guillon, maire de Billom, M. Cheminat et Mme Ryan maires-adjoints.
- Pour l’Association, Jean-Claude Batteux, président général, Jean-Marie Servais, président de la section du Puy-de-Dôme, Jean-Baptiste Galle, président de la commission « Mémoire et Patrimoine ».
Nous tenons à remercier le maire de Billom et ses adjoints pour nous avoir consacré du temps et nous avoir guidés à l’intérieur de l’école.
Un peu d’histoire :
- De 1886 à 1963 les bâtiments, achetés pour le franc symbolique à la ville de Billom, sont attribués à l'Ecole Militaire Préparatoire.
- En 1963, l’armée les cède à l’Education nationale qui les utilise comme collège.
- En 1990, la décision de construire un nouveau collège d’enseignement secondaire est prise ; pour "faire de la place", une partie de l’ancienne école militaire est alors détruite. Il ne restera plus que le bâtiment entourant la cour de Strasbourg où se trouvaient des dortoirs, le réfectoire, les cuisines, la cour d’honneur (le "cloître"), la salle de cinéma, le
gymnase, la salle de sciences naturelles et ce qui était, en 1944, la classe de 3ème A...
Tout le reste a disparu et la grande cour d’Austerlitz où nous défilions jadis, est pour sa plus grande partie transformée en parking pour les cars scolaires.
- En 1994, le nouveau collège étant terminé, l’Education nationale transfère ses biens de l’ancienne à la nouvelle école. Ce n’est qu’en 1997 que les bâtiments restant sont « revendus » à la ville de Billom pour le franc symbolique.
M. Guillon regrette que la mairie n’ait pas alors posé ses conditions, car les lieux sont très dégradés ; ils ont servi de terrain de jeu aux enfants qui se sont introduits partout et ont provoqué des dégâts importants, dont un incendie. Les 2.000.000 de francs versés par la compagnie d'assurance ont malheureusement été utilisés pour
d’autres travaux ; le trou provoqué par l’incendie dans la toiture est couvert par des plaques métalliques qui n’ont pas l’étanchéité nécessaire pour protéger les plafonds et les planchers qui se révèlent aujourd’hui dangereux.
- En 2001, un projet d’utilisation de l’édifice est prévu : un tiers serait consacré aux associations, deux tiers seraient transformés en appartements ; faute de moyens financiers, il n’a pu être réalisé.
Nous avons demandé à M. Enjelvin, photographe à Billom, de prendre quelques photos de l’intérieur des locaux. L’importance des dégâts est flagrante sur la trentaine de clichés qu’il a pris. Les photos se suffisent à elles-mêmes et se passent de commentaires. Elles sont présentées ici et seront également disponibles dans un album que les anciens pourront consulter au siège, au cours de réunions locales et lors du congrès de l’association le 3 juin 2005 à Bordeaux.
Le bâtiment entourant la cour de Strasbourg représente 7 700 mètres carrés , tous couverts de gravats et de détritus de toutes sortes. Nous passons sur les plaques de marbre de certains bureaux qui ont disparu… C’est désolant !
Que faire ?
Il faut être réaliste et passer de « l’émotion à la raison ».
D’après le maire la réhabilitation coûterait de 70 à100 millions de francs ou si vous préférez de 10,6 à 15,2 millions d’euros !
Qui peut débourser une telle somme ?
Certes pas la municipalité qui a de sérieux problèmes financiers !
Les armées, les Anciens combattants ? Nous l'avions un moment envisagé avant de connaître les chiffres et d’avoir vu l’étendue des dégâts ; mais la probabilité que cette dépense entre dans les budgets actuels est quasiment nulle !
Quant au ministère de la Culture, sa contribution aux dépenses de rénovation du cloître représenterait de 10 à 15% du devis, autrement dit une goutte d’eau (une grosse goutte certes, mais une goutte insuffisante !).
Certains d’entre nous voudraient que les tags soient effacés. Nous en avons parlé avec le responsable des travaux de la ville qui nous a répondu que cela ne servirait à rien tant que les locaux ne seraient pas occupées, car ils réapparaîtraient rapidement. La mise à niveau et le nettoyage des cours du Mamelon vert et de Valmy, où se trouvaient les douches, seraient une dépense pour le moment inutile.
Les priorités :
- l’étanchéité des toits qui par endroits laissent entrer la pluie qui détruit les plafonds et les planchers,
- le fermeture des fenêtres dont les carreaux cassés permettent au vent, à la pluie et à la neige de pénétrer,
- l’enlèvement de tous les gravats et détritus.
L’aménagement viendra plus tard… mais, pour le moins, le bâtiment sera protégé !
Nous avons le sentiment que la municipalité tient à ce qui reste de notre école.
La population de Billom est de 4.300 habitants ; elle fait partie d’une communauté de communes de 10 000 habitants.
Cette communauté a décidé de lancer une étude pour bâtir un projet culturel couvrant l’ensemble de son territoire et donc de prendre en compte « notre » école.
C’est non seulement un lieu de mémoire et de patrimoine classé à l’inventaire supplémentaire depuis 2000 mais aussi, répétons-le, un espace de 7 700 mètres carrés couverts. Le maire de Billom nous a proposé de nous y associer, ce que nous avons accepté sans avoir encore désigné nos représentants. Cette étude doit commencer au printemps. Le financement de ce projet implique aussi le département et la région.
Le maire de Billom souhaiterait également que le bâtiment, sans nul doute le plus ancien parmi ceux que nous avons connus (murs de 60 à 70 cm), soit réservé à des activités culturelles et sportives, bibliothèque, médiathèque, salles de sports et à des appartements pour lesquels la demande existe.
C’est dans cette perspective qu'ont été maintenus en état les locaux de l’ancienne école militaire préparatoire de Montreuil-sur-mer. Nous pensons que ce serait la meilleure solution pour préserver un patrimoine qui nous est particulièrement cher.
Du portail d’entrée, qui sera conservé, nous avons demandé que les portes en métal, qui sont toujours ouvertes et rouillées, soient retirées ainsi que celles des deux portillons. Notre ancienne allée centrale va devenir un lieu de passage pour les habitants. Les voitures ne peuvent y pénétrer. Les poteaux électriques qui, à notre avis, ne servent à rien, appartiennent au Conseil général. Il sera certainement possible de les retirer, l’éclairage étant assuré par des lampadaires fixés sur le mur.
Nous avons également proposé de remplacer le panneau apposé sur le fronton du portail et où figure « Collège d’enseignement secondaire » par un autre panneau portant l'inscription « Ancienne école militaire préparatoire 1886-1963 » suivie de notre devise « Honneur et Patrie – Valeur et discipline ».
Nous n’avons pas été entendus !
Peut-être n’avons-nous pas suffisamment insisté sur l'aspect sentimental que ce porche représente pour nous qui, le 5 juin 1944, sommes passés dessous, certains pour la dernière fois de leur vie avant d’aller se battre et mourir quelques jours plus tard au maquis du Mont Mouchet. Cela aussi compte dans l’histoire des vieilles pierres.
Nous souhaitons - et nous ne désespérons pas - que le maire de Billom revienne sur sa décision, d’autant que le panneau signalant le collège est en mauvais état et qu’il pourrait être remplacé, à charge des anciens élèves, et fixé sur le mur à côté du portillon de droite…
Que restera-t-il de notre passage dans cette école ?
La rue qui porte le nom de l’école, le portail d’entrée, un bâtiment, le monument aux enfants de troupe de Billom morts pour la France, un petit cimetière et... beaucoup d’amour pour cette petite ville dont nous gardons un émouvant souvenir de jeunesse.
Gardons espoir. Nous ne reviendrons pas à la situation de 1963, mais par la plaque qui sera fixée sur l’un des piliers du portail d’honneur, il sera rappelé qu’en ces lieux 10 656 élèves dénommés par tradition « enfants de troupe » ont promu à travers le monde le nom de BILLOM, leur chère école.
J.B. GALLE