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Montreuil-sur-Mer



 

               En 1871, le Général Chareton propose la suppression du statuts des enfants de troupe en unité. Une commission parlementaire prenant exemple de ce qui se pratique à l'étranger, notamment en Allemagne et en Russie, obtient de regrouper les enfants en régiments dans des écoles particulières. En 1876, l'Ecole d'enfants de troupe de Rambouillet est créée à titre expérimental. L'expérience étant concluante une loi de 1884 crée six écoles militaires préparatoires. Une est placée sous la responsabilité de la Cavalerie, une autre mixte Artillerie et Génie et quatre relèvent de l'Infanterie dont Rambouillet qui demeure et Montreuil-sur-mer.

               L'installation à Montreuil-sur-mer d'une école n'est pas due à une décision découlant de conclusions stratégiques, militaires, géographiques, internes aux états-majors ou au cabinet du ministre de la Guerre mais à une volonté farouche des Montreuillois pour que leur ville soit une ville de garnison. Elle avait accueilli dans un passé proche des militaires, un bataillon de chasseurs à pied et au début du XIXème siècle déjà des enfants de troupe, le 5ème Bataillon des pupilles de la Garde impériale. Les militaires quittèrent Montreuil en 1872 et la municipalité pour des raisons de survie économique, entreprit alors de nombreuses démarches afin que les militaires reviennent. Elle offrait de construire des casernements et de s'endetter lourdement sur une longue période pour obtenir satisfaction.

               En 1884, le ministère de la Guerre cherchait des implantations pour les cinq écoles nouvellement créées. Il se souvint de l'opiniâtreté des Montreuillois en la personne de leur maire aidé de quelques parlementaires du secteur et une convention fut passée avec la ville.

               Montreuil-sur-mer céda l'usufruit des terrains gratuitement, s'engagea à fournir entièrement à ses frais un mess aux officiers de l'école, à aménager l'hospice existant pour accueillir les cadres et soldats du futur établissement, à facturer à un prix dérisoire l'eau potable fournie et à verser pour les travaux d'installation dans les bâtiments prêtés par elle, la somme de 375 000 francs (2,3 millions d'euros environ). De plus, comme à La Boissière pour l'Orphelinat Hériot, cinq sœurs de Saint-Vincent-de-Paul subviendraient sous la responsabilité du médecin de l'école aux besoins sanitaires des cadres et des enfants. Un peu plus tard elle accordera des facilités pour que les élèves puissent manœuvrer et offrira gratuitement les concessions à perpetuité du carré militaire où reposeront jusqu'à dix huit enfants décédés durant leur scolarité et sœur Henriette, supérieure des Filles de la charité à l'infirmerie des enfants de troupes.

               L'Etat ne s'engageait à rien, tout juste indiqua-t-il que l'Ecole militaire préparatoire d'Infanterie de Montreuil-sur-Mer devrait accueillir 500 enfants.

               Les travaux d'aménagement des bâtiments de l'ancien couvent de Sainte-Austreberthe commencèrent en 1885 et furent achevés pour la rentrée de 1886. Les Montreuillois avaient "leur" école. En 1890, l'armée tenta bien d'obtenir le collège voisin de l'Ecole en vue de son extension mais la municipalité déclina, elle n'avait pas les moyens de reconstruire un collège neuf, elle avait fait assez de sacrifices.

 

               L'Ecole de Montreuil-sur-Mer a ouvert ses portes le 1er octobre 1886 avec un effectif qui en deux ans atteint les 450 élèves. Dès 1887, l'Ecole fonctionnait à plein avec quatre compagnies à quatre sections.

               Avant de quitter le ministère de la Guerre, le Général Boulanger fit rebaptiser les quartiers de l'Ecole des noms de l'Amiral de Coligny (1519-1572) et du général Duval (1739-1803).

               Les habitants de Montreuil adoptèrent d'emblée les jeunes élèves en uniforme. Ils apprécièrent très vite les défilés en ville, les prises d'armes, la participation de la musique des enfants de troupe aux fêtes de la cité et les nombreuses visites des autorités extérieures. Mais aussi les retombées économiques. Ils assistaient, bons patriotes, au salut au drapeau le dimanche. Le journal local exaltait les sentiments nationaux et ceux notamment de reconquête de l'Alsace et de la Lorraine. Le Journal de Montreuil écrit le 23 décembre 1886 "nous avons un but plus élevé : c'est de montrer à la population ces futurs soldats, qui ont déjà l'esprit militaire, dont la mission sera de nous défendre, et qui, lors du grand jour de la revanche, donneront l'exemple du courage et de la discipline.". L'esprit de revanche fut déterminant dans le choix de la devise de l'Ecole qui devint :


"Surtout qu'on nous attende".


               Quelques mois plus tard, les dames de Montreuil confectionnèrent le drapeau de l'Ecole qui lui fut remis en 1888.
               La limitation bornée de l'instruction dispensée aux élèves entraîna une désaffection générale du recrutement dans les écoles militaires préparatoires à partir de 1901 et 1902. La désertion des établissements amena l'Administration à envisager la fermeture des écoles. Cela ne faisait pas l'affaire de la ville de Montreuil-sur-Mer qui à nouveau fit jouer ses relations politiques en 1912 où elle obtint que les effectifs repassent de 200 à 450 élèves. Le général Sarrail nouveau directeur de l'Infanterie réagit vivement et par des mesures énergique fit relever le niveau des EMP. En 1913, l'élève Bézanger fut le premier à rejoindre le Prytannée militaire de La Flèche. La remise des prix de 1914 fut présidée par le colonel Pétain commandant alors la 4ème Brigade d'Infanterie.
               Après la déclaration de guerre de 1914 et l'avancée allemande, le 25 août 1914, l'Ecole reçut l'ordre de se replier sur l'Ecole des Andelys. Rapidement les Montreuillois prirent la direction de Billom où était implantée l'Ecole militaire préparatoire d'Artillerie et du Génie. A la rentrée scolaire les compagnies furent réparties entre les Andelys, Autun et Rambouillet. La rentrée de1915 se fit pour tout le monde aux Andelys. Les deux écoles se partagèrent à parts égales les infrastructures jusqu'en avril 1919 quand les troupes britanniques quittèrent les quartiers de Montreuil-sur-Mer. Cette rentrée pascale ne concerna que 175 élèves.


               En 1921, l'enseignement des EMP est réformé à nouveau, on crée des écoles professionnelles. Les dénominations d'armes disparaissent, Montreuil devient Ecole Militaire Professionnelle Technique (EMPT). Elle n'a que 200 élèves. Les armées ont besoin de techniciens pour entretenir et réparer les matériels modernes, automobiles et de transmissions. Il est donc décidé de créer une école spécifique à vocation technique. Elle sera implantée à Tulle. La loi de 1884 n'autorisant que six écoles militaires préparatoires, il est décidé de fermer l'Ecole de Montreuil-sur-Mer le 1er aoùt 1924. Les Montreuillois crient à la trahison. Mais rien n'y fait. Les Montreuillois n'auront eu leur école que 34 ans si l'on exclut les quatre années de guerre.

 

               L'EMPT de Tulle a hérité des traditions de l'Ecole de Montreuil-sur-Mer et a eu la garde de son drapeau avant qu'il ne soit confié de 1947 à 1959 à l'EMPT du Mans qui a fait sienne la devise : "SURTOUT QU'ON NOUS ATTENDE". Depuis la dissolution de cette dernière en 1985, le drapeau a été remis au Musée national des écoles militaires préparatoires d'Autun.

 

               Les années ont passé... De cette école militaire préparatoire de Montreuil-sur-Mer ne subsiste que le souvenir, mais un souvenir vivace, enraciné dans l'âme des anciens aux rangs bien éclaircis, et dans l'âme des vieux Montreuillois. 
               Ce souvenir est inscrit dans la pierre. Il rappelle aux jeunes générations qui visitent la vieille forteresse, que des enfants, des Enfants de Troupe, ont été élevés dans cette école et y ont grandi dans l'idéal de servir le Pays.

 

Mise en page J. P. 2004

Important

SOURCES

L'historique de l'EMP de Montreuil ci-contre a été rédigé en s'aidant des nombreux articles se rapportant à l'Ecole de Montreuil-sur-Mer parus dans le Journal des AET ainsi qu'en s'inspirant des contenus des trois livres ci-après :
1) L'Historique de Lucien Vasseur "Surtout qu'on nous attende", préfacé par le général de corps d'armée (CR) Dessendre, ancien président général de l'Association des AET.
2) Le livre "HISTORIQUE des Enfants de Troupe et des Ecoles Militaires Préparatoires". Cet ouvrage, inspiré d'une étude du commandant Sanguinède, ancien enfant de troupe, publiée  en 1922, est le résultat d'un travail collectif remarquable dirigé par E. Fournout (AU-LF 18-23), président général de l'Association des AET de 1956 à 1963. Edité en 1963, le livre n'est plus disponible, il est une somme d'informations qui pourrait faire l'objet  d'une suite reprenant les années 1960 à 2004.
3) Le "Mémorial des Enfants de troupe morts pour la France" par Jean Galle (BI 40-44) édité en 1999 par l'Association des AET. Recueil émouvant, ce livre est un inventaire, malheureusement non exhaustif, des anciens élèves des EMP et EMPT qui ont fait le sacrifice suprême de leur vie à la Patrie. Préfacé par M. Pierre Messmer, ancien ministre, le Mémorial est disponible au siège de l'Association des AET à Paris.

Important

Blason de la ville de Montreuil-sur-Mer



FIDELISSIMA
PICARDORUM
NATIO