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Audinac les Bains Témoignage

LE CENTRE BAYARD
TEMOIGNAGES
Par Roger Oberti

     Oubliée, peut-être, mais cependant méritante, par la qualité des hommes qui l’ont fréquentée et, en premier lieu, ses cadres.
     C’est le capitaine Pierre Bié, AET d’Autun  en 1921 et La Flèche (1925-27), qui a voulu et obtenu l’ouverture d’un tel centre pour y accueillir et former les enfants de troupe de 17-18 ans, en instance d’engagement. Pour, comme l’explique Pierre Cossard, remplacer les pelotons d’Arme de l’école d’Autun qui ne pouvaient plus assurer cette formation.

     Avec la « bénédiction » de l’EMA de l’époque le capitaine Bié, ouvrait donc le Centre Bayard le 6 octobre 1941. Il en était le premier commandant et en précisait la vocation : « donner aux élèves (appelés « jeunes Cadets »), tout en maintenant leur niveau intellectuel, une instruction physique et une éducation morale très développées, de façon à en faire des chefs ardents, capables ensuite de s’imposer par leur idéal, leur esprit et leur caractère. »
     
     Message bien compris par les cadets.
     Dès le 12 novembre 1942, 24 heures après l’occupation totale de la France par les troupes allemandes, douze de ces cadets passaient en Espagne dans l’espoir de rejoindre l’Afrique du Nord. Quelques jours plus tard, vingt autres prenaient le même chemin. Non sans laisser un mot d’explication : « Chefs. Nous mettons à exécution notre serment de Jeune Cadet. C’est notre manière à nous de servir la France. »
     Allant à Vichy pour prendre l’avis de l’EMA à propos de ces départs, le général Olléris le félicite pour la conduite de ses élèves.   De retour à Audinac, bien qu’averti de son arrestation imminente par la gendarmerie, il prend parti de l’accepter. Relâché après 65 jours de prison à Toulouse, il décide à son tour de gagner l’AFN par l’Espagne. Il y parvient en juin 1943, malgré la trahison de son guide et une blessure par balle d’un frontalier allemand qui n’a cependant pas pu l’arrêter. En Espagne, interné à Lérida, camp de concentration des évadés, il y éprouve une certaine satisfaction : « Cette prison centrale a dû être inaugurée par mes jeunes cadets. Ceux (des prisonniers présents) qui les ont connus ne cessent de louer leur courage, leur abnégation, leur énergie… ».
     Assez vite libéré en raison de son âge et de sa blessure, le capitaine Bié a pu rejoindre l’AFN, fin juillet 1943.
     Malgré les mauvais traitements subis dans les geôles espagnoles – Audinac en avait eu quelques échos -, les évasions ont continué jusqu’en avril 1944. Moins massives qu’au début mais quand même... Leur nombre n’a jamais été établi. Ceux qui se sont lancés dans cette aventure ne s’en vantent pas. Ils ont fait leur devoir. Comme ont fait leur devoir, discrètement, ceux qui ont pris d’autres voies, qui, revenus comme « pion » dans une école de base, à Tulle par exemple, ou admis comme élèves gardes à Guéret, ont été envoyés en déportation au passage de la « Das Reich », avant ou après Oradour…
      Comme a fait son devoir, monsieur Honoré Romane, professeur de français, qui, en dernier ressort, a dû prendre la  direction du Centre Bayard. Arrêté le 16 juin 1944, pour faits de Résistance, il fut déporté à Buchenwald en juillet. Fin août, il retrouvait un peu du centre Bayard par l’arrivée de déportés, les derniers peut-être : des Cadets, devenus élèves de l’école de la Garde de Guéret. Libéré en mai 1945, monsieur Romane a été nommé professeur de français au Prytanée militaire de La Flèche, puis proviseur du lycée d’Embrun. Lycée qui, sur la demande instante des élèves, a été appelé «  Lycée Honoré Romane », du temps où monsieur Romane y exerçait encore…

     En conclusion de ces compléments de renseignements sur le centre Bayard : cette « école oubliée », si éphémère, –à peine 3 ans d’existence- a produit de nombreux et bons Français.
      Pierre Ruibet, d’Audinac 1942-43, en est certainement le plus glorieux. En faisant sauter un très important dépôt de munitions de la Kriegsmarine, il a gagné, avec l’aide de son ami Claude Gatineau, l’équivalent d’une bataille contre l’ennemi (de l’aveu même de cet ennemi). Il a évité à la ville de Jonzac, où se trouvait le dépôt, d’être bombardée par l’aviation alliée.
          - Onze Allemands sont morts lors de la destruction du dépôt.
          - Claude Gatineau a été fusillé le  1 er juillet 1944
          - Pierre Ruibet a été tué par les munitions qu’il faisait exploser, lui-même, soute après soute, jusqu’à la dernière, presque à la sortie….
     C’était le 30 juin 1944. Chaque année, Jonzac se recueille le 30 juin devant le prestigieux  monument élevé à la mémoire de ses deux héros.

 Roger Oberti (Epinal-Audinac 39-44)


Sources :
     - Historique de Pierre Cossard (journal AET N°175)
     - Concernant Pierre Bié et les évasions: témoignages de Marcel Borel (Epinal-Autun 36-40), cadre au centre Bayard à partir du 20 février 1942.
     - Concernant Monsieur Romane : souvenirs de Mr Romane lui-même et de Roger Oberti (Epinal-Audinac, 39-44)
     - Concernant Pierre Ruibet : « Un héros de 18 ans » de Marthe Robert. Editeur : Mairie de Jonzac
     - Déportations, maquis : divers témoignages et récits: de Pierre Bur (Epinal-Audinac 43-44), Jacques Crébassa (La Boissière-Les Andelys-Audinac, 35-42) André Compain (Epinal-Audinac, 38-43), Pierre Raclin (Tulle 40-45), Marius-Edmond Franquet (Epinal-Audinac 38-43).
     - Photos et témoignages :Robert Verbregghe (Audinac 42-43).

Important

Témoignages

Témoignages
sur les cadets et
les cadres du
Centre Bayard
par Roger Oberti.

Important

Un héros : Pierre Ruibet

Ancien du Centre Bayard, le sous-lieutenant Pierre Ruibet fut à 19 ans le plus jeune Compagnon de la Libération.
Lire le récit de Claude Maque



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