Le mot du Président
|
Discours du Centenaire des AET
Intermèdes musicaux par la Musique régionale dirigée par le Commandant Charton et l’Adjudant-Chef Clerc, tambour-major 30 mars 2010 - Lyon
(la pluie s’est invitée) Marche des mousquetaires noirs
Jour pluvieux, jour glorieux
Célébrer un centenaire nous fait entrer en communion avec les grands moments de notre conscience collective, celle de tous les enfants des armées. Cette commémoration est placée sous l’égide de tous ceux des nôtres qui, depuis les temps anciens jusqu’à nos jours, ont, de leur sang, écrit notre épopée sur les tablettes de l’Histoire. Notre association fut fondée en 1910 par l’un de nos professeurs, Ulysse Pastre – symbole fort : elle fut créée par l’un de nos maîtres de l’Education nationale, ce qui marque notre institution du sceau de l’instruction, de l’éducation et de la culture. Placée sous le haut patronage du président de la République et du ministre de la Défense, notre association mutuelle a pour but de : - maintenir le lien étroit et les relations amicales, voire fraternelles, entre les anciens élèves des écoles, collèges et lycées militaires, affirmer leur étroite solidarité. - accueillir les jeunes élèves à la sortie de ces écoles et les aider dans leur accession à la vie citoyenne active. - garder le contact et assurer un soutien fidèle aux familles de nos camarades disparus. - assurer la pérennité de nos écoles, développer le sens civique et soutenir l’intégration « Armée-nation » - maintenir en tous lieux et en tous temps, l’esprit « enfant de troupe » et la devise qui a marqué notre enfance, guidé notre morale : « bien s’instruire pour mieux servir » Musique consulaire
Fait peu connu et jamais évoqué : Nous revendiquons un honneur attesté par l’histoire : le fait que les écoles militaires préparatoires, communément appelées Ecoles d’enfants de troupe, les lycées et collèges militaires, sont les plus anciennes institutions intégralement vouées à l’éducation des enfants. Aussi loin que l’on remonte dans l’histoire, se révèle l’existence d’enfants de troupe, c’est-à-dire d’enfants éduqués et formés au sein des armées. Dans l’Antiquité grecque et romaine, les Légions avaient, en leurs rangs, des enfants, fils de légionnaires, morts au combat, enfants élevés, éduqués et formés au métier des armes. Leur formation précoce les vouait naturellement à être les meilleurs soldats, sous-officiers, officiers, éducation d’une austère rigueur comme le rappelle Plutarque (voir : Vie de Lycurgue) avec l’histoire de cet enfant destiné à devenir hoplite dans une Légion de Sparte, qui, ayant dérobé un renardeau, le cacha sous son manteau et se laissa déchirer le ventre par les griffes et les dents de l’animal, jusqu’à en mourir, plutôt que révéler la faute qui le déshonorait. En 1604, Henri IV fonde le Collège royal Henri le Grand, dans le but « d’inspirer la jeunesse et la rendre amoureuse des sciences, de l’honneur et de la vertu, pour être capable de servir au public ». Le collège royal devient le Prytanée (Napoléon, 1808), et enfin, l’actuel Prytanée national militaire. C’est à Louis XV et son ministre, le duc de Choiseul que l’on doit le premier statut en France, des enfants des armées avec l’ordonnance royale du 1er mai 1766. Mabrouk s’en va en guerre
À la même époque, à Lyon même, un citoyen fort oublié se pencha sur le sort des enfants des armées. Le chevalier Fleury de Paulet de Caumartin, fils d’un marchand de blé lyonnais, consacra sa vie aux enfants orphelins des armées et créa, sur ses propres deniers, en 1772, une école consacrée à l’éducation des fils de militaires morts ou blessés en service, sans distinction de grade et de condition. Il envoya un mémoire au Roi, sur la création de bataillons d’orphelins militaires, école appelée «Ecole Paulet » mémoire qui attira l’attention du roi Louis XVI qui, par ordonnance royale du 10 août 1786, institua une école d’éducation militaire en faveur de cent enfants de soldats invalides. Cette « Ecole des orphelins de la Patrie », suspecte aux yeux des révolutionnaires, fut dissoute en 1795 et le Chevalier de Paulet, victime de son nom à particule, disparut de l’histoire en émigrant. Ainsi l’institution des Enfants de troupe, depuis ses origines, relève d’une généreuse sollicitude des armées pour les enfants des soldats et des sous-officiers morts au service de la Patrie. Tel est l’acte de naissance de l’institution des Enfants de troupe par l’ordonnance royale qui stipule : « …. Que ces enfans soient élevés chez les Maîtres-ouvriers du bataillon pour y apprendre les métiers utiles à la troupe, ou qu’ils soient attachés à la musique dudit bataillon, comme Apprentis… » C’est ainsi que beaucoup d’enfants de troupe furent tambour, fifre ou clairon au sein de régiments et au cœur des batailles. Nous sommes les héritiers des enfants tambours de la Révolution et de l’Empire.
Musique : « 3 jeunes tambours… »
Si l’ordonnance de Louis XV de 1766 peut être considérée comme l’acte de naissance officiel de l’institution des Enfants de troupe, l’arrêté de Bonaparte, en 1800, en est l’acte de baptême. L’appellation Enfant de troupe y apparaît pour la première fois. Notons le rôle de la Gendarmerie, première institution qui donna un statut formel d’accueil et d’éducation de ces enfants, par le décret du 22 décembre 1851 : « chaque compagnie départementale y compris la légion d’Afrique, doit comporter cinq enfants de troupe dans ses effectifs, admissibles dès l’âge de deux ans, de 2 à 8 ans dans leur famille, avec solde journalière (35 centimes, sans le pain) ; dès l’âge de 8 ans, uniforme, solde journalière, (35 centimes plus le pain), à 14 ans, solde 53 centimes »…………etc. · grâces soient donc rendues à la Gendarmerie qui fut la première à nous accueillir statutairement La loi de 1875 instaure « la création à titre d’essai, d’une école pour les enfants de troupe, installée à l’Hôtel des Invalides ». Puis cette école est installée à Rambouillet, le 26 février 1876. C’est à ce titre que monsieur Gérard Larcher, notre président actuel du Sénat et maire de Rambouillet, préside à notre cérémonie nationale. En 1884, une loi supprime définitivement les enfants de troupe dans les régiments et institue la création de six écoles militaires préparatoires qui ont toutes disparu sauf l’école actuelle d’Autun. : « On va leur percer le flanc » (extrait marche des bonnets à poils)
Quel est l’état actuel des écoles militaires préparatoires, des lycées et collèges militaires ? Après de nombreux avatars qui parsemèrent notre histoire, le décret de 1982 unifie les établissements d’enseignement général des trois armées, c’est-à-dire les collèges et lycées militaires : les lycées du Prytanée de La Flèche, Autun, Aix-en-Provence, Saint-Cyr l’Ecole, le lycée des pupilles de l’Air de Grenoble et le collège naval de Brest. Soit 4000 élèves, garçons et filles, sur le territoire national. Et aujourd’hui, notre cérémonie se veut aussi l’hommage que nous rendons à tous nos professeurs et tous nos cadres militaires qui nous ont formés, éduqués et instruits. Ces établissements militaires, reconnus comme l’élite des établissements nationaux d’instruction et d’éducation, dont les élèves sont formés à la fois par des cadres militaires et des professeurs civils, accueillant depuis toujours, en vertu de leur statut historique, des enfants de modeste condition, se révèlent, dans le plus profond silence médiatique, comme le plus sûr ascenseur social actuel. Ils demeurent les gardiens des modèles qui, de tous temps, ont forgé des esprits citoyens de premier rang et fondé les vertus cardinales de la Nation. Nous nous réclamons d’illustres ancêtres :
L’un des plus glorieux enfants des armées sous l’Empire : Le général Jean-Baptiste Eblé, engagé à l’âge de 10 ans, en 1767, lumineuse figure de la campagne de Russie avec ses héroïques pontonniers du Niémen et de la Bérézina. Il eut l’estime de l’Empereur. Le cœur de l’enfant de troupe Jean-Baptiste Eblé est conservé dans la crypte des Invalides. Waterloo
Victor Hugo fut des nôtres, lui qui disait : « J’aime les gens d’épée, en étant moi-même un » et qui nous dédia ce superbe alexandrin : Moi qui fus un soldat quand j’étais un enfant ….
Et Jean Richepin, poète et académicien, ami d’Ulysse Pastre, notre père fondateur. Jean Richepin qui voulut que sur sa tombe fut gravée l’épitaphe : Ci-gît un Enfant de troupe
Et le Maréchal Galliéni qui, selon le mot de Joffre, fut « le type même du soldat complet » Sait-on à Lyon, que l’une des plus prestigieuses rues de notre ville porte le nom d’un ancien enfant de troupe ? Le président Edouard Herriot qui déclara au général Stehlé, président de notre association : « Moi aussi je suis un ancien enfant de troupe, engagé au 93ème de Ligne » Et aussi, Patrick Baudry, élève du lycée d’Aix en Provence, l’un des deux premiers spationautes français, et aussi le commandant de l’armée de l’air Caroline Aigle, ancienne élève du Lycée militaire de Saint-Cyr l’Ecole, de l’école Polytechnique, puis de l’Ecole de l’Air de Salon – sportive accomplie, championne de France de triathlon, 1ère femme brevetée pilote de chasse, diplômée d’Astronautique, prête à être sélectionnée spationaute et qui meurt à l’âge de 33 ans foudroyée par un mal fulminant …. Notre histoire est marquée par la griffe cruelle de l’héroïsme conduit jusqu’au sacrifice suprême, héroïsme d’enfants, d’adolescents broyés dans les tourmentes guerrières …. « Héroïsme puéril quand le corps fumait de bravoure et d’audace » Pour finir, remontons le cours de l’Histoire, jusqu’à la Révolution :
Le premier d’entre eux, l’enfant de troupe le tambour Pierre Bayle, du 8ème Bataillon de l’Aude, tué le 1er novembre 1794, à l’âge de 11 ans et 9 mois, le crâne fracassé par un éclat d’obus, alors qu’il battait la diane au cours de la bataille victorieuse du Boulou. Il eut droit, sur demande spéciale de la Convention, à la RECONNAISSANCE NATIONALE. Pierre Bayle entre dans l’histoire comme le premier enfant de troupe mort au combat au service de la France. Il devient notre héros emblématique, celui dont, pour notre honneur, nous nous reconnaissons. La Diane
Et tous ceux du Maquis de l’Ain, en 1944, jeunes résistants FFI, issus de l’Ecole d’Autun, tous âgés de 15 à 18 ans, dont Bernard Gangloff, qui blessé et torturé, refusant de dire son nom à l’ennemi, meurt les dents serrées. Le Lycée militaire d’Autun porte aujourd’hui son nom et le drapeau de cette école, ici présent, est le plus décoré de nos écoles militaires : · Croix de guerre avec palme 14-18,
· Croix de guerre des théâtres d’opérations extérieures avec palme, · Croix de chevalier de la légion d’honneur, · Médaille de la résistance avec rosette. Le Chant des partisans
Je terminerai par deux des nôtres, les plus récents, qui par leur sacrifice ont honoré notre histoire, deux officiers de la Gendarmerie nationale, à Lyon : Le Général de Division Guy Delfosse et le Lieutenant-Colonel Norbert Ambrosse, morts au service de la nation. Ils sont les disciples des Dieux
Les meilleurs au combat
Les plus nobles dans la paix
(Richard Strauss, Dafné) Notre cérémonie aujourd’hui se veut la commémoration des mânes de nos héros morts, de toutes ces âmes dont le souffle fait toujours vibrer les plis de nos drapeaux. Ils sont toujours des nôtres car la mort, face sublime de la vie, les fait vivre dans nos cœurs et nos consciences. Cette cérémonie est pour eux – Et la gerbe de fleurs déposée à leur mémoire, comme nos drapeaux inclinés devant eux, sont encore humides des larmes de leurs proches et de leurs compagnons d’armes. Méd. gén. insp. (2s) René Hénane, président des A.E.T du Rhône |

Etabissez un lien vers un site internet