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Général Guy Delfosse

Général de division Guy DELFOSSE
(Ep., Au., LF., 37-43)
1925-1984

TEMOIGNAGE d'Étienne SICARD (Bi., Au., LF., 36-45)
à propos de l'assassinat de Guy DELFOSSE

                 Le 27 mars 1984 l'opinion apprenait avec stupeur, puis indignation, puis avec un obscur sentiment de révolte, qu'un général de gendarmerie venait d'être abattu, alors que, se trouvant fortuitement, en simple client, en uniforme militaire, dans un établissement bancaire de Lyon, il tentait de raisonner des malfaiteurs en train de commettre un vol à main armée et qu'il n'acceptait pas de se coucher à terre. 
                  Un acte criminel venait de mettre fin brutalement, odieusement, à une vie d'homme. Mais cet acte criminel mettait fin, également, à la carrière exemplaire du général de division Guy Delfosse, commandant la 5e Légion de gendarmerie de Lyon, à celle du jeune résistant de 18
ans, du saint-cyrien de Cherchell, à celle de l'officier d'infanterie parachutiste, cinq fois cité en Indochine, dont deux fois à l'ordre de l'Armée, de l'officier de gendarmerie cité en Afrique du Nord, reçu Chevalier de l'Ordre national de la République malgache à Madagascar, à celle du combattant, de l'instructeur, de l'officier d'état-major, du chef enfin, justement récompensé par l'accession au grade de général de division. 
               " A donné ainsi un magnifique exemple d'abnégation en accomplissant jusqu'au sacrifice suprême son devoir de citoyen et de militaire de la Gendarmerie" : ainsi s'achève le texte de la citation à l'ordre de la Nation qui lui a été décernée le 29 mars 1984 par le gouvernement, citation lui attribuant la Médaille de la gendarmerie à titre posthume, avant que le décret du 5 avril 1984 l'élève à la dignité de grand officier de la Légion d'honneur. 
               Lorsqu'il est mort, Guy Delfosse avait 58
ans, il allait avoir 40 ans de service mais il portait l'uniforme depuis près de 47 ans, ayant été enfant de troupe pendant sept ans. 
               Il serait sans doute vain et, plus sûrement, déplacé, de prétendre évaluer la part que la formation qu'il a reçue dans les écoles militaires préparatoires a pu tenir dans sa carrière comme dans l'acte courageux qui en a été le terme. Il a cependant paru judicieux, à l'occasion de la publication d'un numéro spécial consacré aux enfants de troupe, de faire appel au témoignage d'un camarade de l'époque de Guy Delfosse, celui d'Etienne Sicard, membre du Conseil d'administration de l'association des Anciens Enfants de Troupe, pour évoquer leur adolescence commune et l'ambiance dans laquelle a pu se forger un caractère et se développer une personnalité hors du commun.

J.-R. R.

               Fils d'un sous-officier d'artillerie, né à Douai le 25 novembre 1925, Guy Delfosse n'a pas encore 12 ans quand il est admis, en septembre 1937, à l'école militaire préparatoire d'Epinal, en classe de cinquième (en fait, à l'époque, première année de l'enseignement primaire supérieur). La vie est rude à Epinal. Au climat éprouvant s'ajoutent, au sortir de la vie de famille, les rigueurs de l'internat. 
               Et c'est la guerre. Dès la rentrée scolaire de 1939 l'école d'Epinal est repliée à Niort puis, au début de l'été 1940, sous la pression de l'ennemi, à Montélimar, après deux longs mois de stationnement précaire à Chomérac, dans l'Ardèche. Admis en classe de seconde, Guy Delfosse aurait dû rejoindre Autun, mais la rentrée scolaire de 1940 le retrouve à Valence où l'école d'Autun s'est repliée (et où s'implante également le Prytanée militaire de La Flèche). 
               C'est à cette époque que j'ai fait sa connaissance. 
               Venant de quatre écoles différentes (Epinal, repliée à Montélimar, Billom, Les Andelys repliée à Béziers et Autun) nous nous sommes retrouvés plus de 200 élèves en seconde, âgés de 15 ou 16 ans. 
               Malgré les risques de concurrence, si ce n'est de conflits, que pouvaient provoquer la rencontre et la cohabitation de tant de jeunes aux caractères et aux tempéraments fort divers, malgré l'émotion ressentie à la suite de l'effondrement de la Nation qui, outre les perturbations de tous genres qu'il provoquait, paraissait devoir miner nos rêves de jeunesse, malgré la peine causée par l'éloignement des êtres chers souvent en zone occupée parfois en zone interdite, malgré les difficultés matérielles découlant du déménagement et de l'installation précipitée de l'école dans une caserne qui n'était nullement prévue pour satisfaire les besoins d'un établissement scolaire, malgré la pénurie qui a touché rapidement tout le monde et plus particulièrement nos jeunes organismes en pleine formation, malgré tout cela ou à cause de cela, nous avons vécu ces trois années d'études secondaires à "l'établissement d'éducation d'Autun " de plus en plus conscients de la mission qui nous incombait: "S'instruire pour mieux servir". 
               L'incomparable conscience professionnelle de nos enseignants, l'esprit des cadres, très sensiblement plus ouvert que "celui que nous avions précédemment connu", leur comportement à notre égard et l'attention qu'ils portaient à nos préoccupations, nous ont aidés considérablement dans la prise de conscience de notre évolution, de nos responsabilités et de nos possibilités. Quelle ouverture en effet, nous offrait la proximité de nos anciens, élèves en classes de mathématiques et en classes préparatoires au Prytanée, pour nous qui n'avions jusqu'alors que le brevet élémentaire et l'engagement comme buts immédiats. A cela s'est ajouté le remarquable et touchant accueil que nous ont réservé les Valentinois (tout imprégnés de l'esprit "chasseur" pour nous faire sentir le transfert affectif dont nous étions l'objet et que nous leur avons rendu, conscients et fiers du caractère de "témoignage" et de "protestation" que nous représentions et de la responsabilité qui en résultait). Tout cela nous a donné à connaître et à vivre une ambiance particulièrement favorable à l'effort et au dépassement de soi-même. Une telle ambiance, nous avons pu le constater plus tard, a été également génératrice d'un sentiment de fierté collective, d'un véritable esprit de corps, mais aussi d'une profonde et authentique fraternité d'êtres qui, ayant été tant démunis, ont tant espéré, ensemble. 
               Trois années d'études se sont ainsi relativement vite écoulées. Et puis ce fut, au Prytanée, en corniche brutionne, l'année de préparation au concours d'entrée à Saint-Cyr (1943-1944) une nouvelle occasion d'enrichir notre expérience humaine au contact de camarades d'origines différentes de celles dont nous, enfants de troupe, étions issus. 
               L'estime réciproque qui s'est très rapidement établie entre la plupart d'entre nous, la confrontation, puis la participation à une vie de traditions, nombreuses et variées (!), de ce vieux "bahut", ont incontestablement permis à notre esprit "enfant de troupe" de s'ouvrir encore, de se développer, tout en favorisant l'affirmation de notre spécificité.

               Je garde avec émotion un souvenir précis de toute cette période de ma vie et d'un grand nombre de camarades. Guy Delfosse était de ceux-là; sa détermination, pour ne pas dire son acharnement au travail, était exemplaire, et à celle-ci s'ajoutait un comportement d'excellent camarade, que valorisaient une présentation et une moralité impeccables. 
               Je n'ai pas eu la joie de le revoir, depuis juin 1944, hormis quelques trop rares conversations téléphoniques. Des échos m'ont cependant permis de suivre la progression de sa carrière, témoignant qu'il restait toujours égal à lui-même. Il y a quelques années, un camarade m'apprenait que Guy, alors en poste à Paris, avait profité du temps passé dans les transports publics pour apprendre le russe... ! Toujours jeune et toujours aussi déterminé !

               Et, brutalement, l'horreur de l'information, du "fait divers"... "un général de gendarmerie abattu"... l'indignation, à laquelle devait s'ajouter celle provoquée par les commentaires pervers de certains journalistes sur la prétendue témérité du geste ! 
               Dans un éclair bien douloureux, j'ai revu Guy, debout, toujours aussi droit, aussi net, aussi déterminé, face au devoir, accomplissant sa tâche sans détours ni dérobade. Dans la rectitude de la démarche et la dignité du propos, qu'il a manifestées en cette funeste occasion, j'ai pleinement retrouvé, intact, notre jeune camarade d'il y a plus de quarante ans.

               Fidèle à ses engagements, il a, tête haute, assumé (comme l'aurait dit Saganne) le contrat tacite passé quelque quarante-sept ans plus tôt, comme tant d'autres camarades l'ont assumé, comme d'autres l'assumeront. Déterminé, digne et fidèle; à son exemple, pour son souvenir, ne vieillissons pas !

E. Sicard

Mise en page J. P. 2004


60 ans de la Patrouille de France


Le lycée militaire d'Autun